À la une, Études et publications, France

Le Front National : issue de secours ?

Le Front National : issue de secours ?

Paroles d’électeurs et de militants issus de l’immigration[1]

« Des Français issus de l’immigration votant pour le Front National ? Vous n’en trouverez pas ou alors quelques fachos incultes ! » Et pourtant, ils sont plusieurs à avoir fait le choix du parti de Marine Le Pen. Une adhésion paradoxale que les présupposés catégoriels habituels ne permettent pas d’entendre. Pour la comprendre, il faut oser déconstruire nos représentations et avoir un double niveau d’analyse : d’une part la dynamique nationale qui entoure actuellement le Front National et d’autre part le contexte local qui permet d’envisager certains ressorts de ce vote. De plus, les trajectoires individuelles sont toujours à prendre en compte pour décrypter ces adhésions paradoxales. 

Les électeurs rencontrés vivent dans une crainte de l’avenir et le Front National leur apparaît comme le défenseur des opprimés, de l’homme laissé au bord de la route par la mondialisation, de David contre Goliath. Il y a toujours un ennemi au front national, on lui a juste donné un autre visage. Aux immigrés et au communisme, on a préféré l’Islam, Bruxelles et les élites[1]. Ce changement de discours du Front National permet de séduire un électorat qu’il stigmatisait ouvertement hier. 

Qui ne se souvient pas du slogan du parti en 1978 « 3 millions de chômeurs, c’est 3 millions d’immigrés en trop” ou encore les propos de Jean Pierre Stirbois tenus en 1982 « Immigrés d’au-delà la Méditerranée, retournez à vos gourbis. » Pourtant, les personnes interrogées ne considèrent pas le Front National comme un parti d’extrême droite, elles associent l’extrême droite à une autre partie de l’histoire et sont nombreuses à déclarer « Si le Front National c’était ça, je ne l’aurai jamais choisi ». 

Dans un contexte économique national difficile, mais surtout dans des contextes locaux tendus : déclin industriel, chômage et scandales politiques, le Front National apparaît comme l’ultime solution. 

Le Front National, une 3ème voie

Ces électeurs ont le sentiment que la gauche et la droite mènent une même politique opposée au peuple ainsi, le vote Front National serait un moyen de condamner ces trente dernières années de choix politiques. Ils voient dans ce parti la solution aux problèmes sans vraiment chercher à savoir si les mesures proposées sont viables ou non. A travers ce vote, ils souhaitent exprimer une déception. « Le problème c’est pas les immigrés, c’est les paresseux. Faut les foutre au boulot ou les jeter dehors. En 2007, j’ai voté pour Sarkozy. De belles paroles, mais rien pendant cinq ans. Alors j’ai préféré soutenir Le Pen. » - Fernando. Ils ont le sentiment que la gauche et la droite ne sont pas là pour défendre les intérêts des électeurs mais pour s’arranger entre eux alors que le Front National serait « le vrai parti du peuple ». « Avec le PS et l’UMP c’est des magouilles et toujours des magouilles. Le Front National, c’est une autre solution, ni de gauche, ni de droite. Un autre chemin qui s’ouvre à nous. » – Mounir. « J’ai été déçue par la politique, beaucoup de promesses qui n’ont jamais été tenues. On nous prend pour des idiots. Le Font National mettra un coup de balais dans tout ça » – Soraya. Le sentiment de « tous pourris » n’expliquent pas à lui seul le vote Front National mais est une raison de plus pour eux de préférer Marine Le Pen. Les scandales politiques contribuent à alimenter une certaine méfiance à l’égard des professionnels de la politique comme le note Céline Braconnier[2].

Dès lors, remettre son vote au Front National pourrait permettre de changer les choses, ou du moins de provoquer une prise de conscience de la part des autres Français.  « Je vote Marine Le Pen car je veux que les choses bougent, qu’il y ait une prise de conscience généralisée, mais je ne crois pas qu’elle serait capable de diriger notre pays. » – Mounir. Ce choix est renforcé par l’impression que les autres partis ne comprennent pas les vrais problèmes des Français. Marine Le Pen et les cadres de son parti sont vus comme étant à l’image de la France, et par conséquent à leur image à eux, alors que le PS et l’UMP sont accusés d’être totalement coupés des réalités quotidiennes. « Le FN, c’est des gens comme nous. Ils sont proches de nous. Ils nous comprennent. Ils n’ont pas fait de grandes études. » – Nadir. « Le PS, c’est une élite déconnectée de la vie et des réalités. » – Fernando. Les mots durs contre ces partis ne manquent pas. Toutefois, ils montrent aussi une réalité. Les élites politiques sont très homogènes aujourd’hui. En 2012, seulement 0,7% des députés sont issus du milieu ouvrier quand ces derniers représentent 27% de la population active. Cette réalité renforce l’impression d’un entre soi des classes supérieures dont l’endogamie est grande.

L’impression d’être bloqué dans une situation qu’ils ne peuvent pas dépasser les pousse à choisir le Front National dans l’espoir de lendemains qui chantent. C’est un moyen d’exprimer sa souffrance et sa désespérance. A l’écoute de certains récits de vie, on sent une réelle détresse sociale et des angoisses qui nous font penser au propos d’H. Arendt «  Ce que nous appelons isolement dans la sphère politique se nomme désolation dans la sphère personnelle. »

Ces électeurs accordent une grande importance à la valeur du travail et sont fiers de pouvoir dire qu’ils ont toujours travaillé, qu’ils n’ont jamais été aidés. Ils sont inquiets de voir leur environnement se dégrader, ils sont excédés par le comportement de certains individus, se sentent en situation d’insécurité physique mais aussi économique, ils sont favorables à un retour à l’ordre que seul le Front National pourrait apporter. Ils sont rassurés quand ils entendent des discours fermes sur la lutte contre l’insécurité et sur la punition des délinquants. « J’en ai marre de la violence et de voir mon environnement se dégrader. J’ai voté Le Pen car j’ai surtout pensé qu’il était important que mes enfants soient en sécurité. » – Hachouma. Par ailleurs, qu’ils soient jeunes ou plus âgés, ils vivent majoritairement dans la mythification d’un passé glorieux où l’ordre était maintenu et où les villes étaient propres. Les phénomènes de paupérisation et l’accroissement des inégalités sociales et économiques sont deux facteurs qui favorisent le vote Front National.

De plus, la personnalité de Marine Le Pen joue un rôle incontestable dans le choix du Front National. Les électeurs apprécient cette image de femme qui a su transformer son parti. « Marine Le Pen est plus subtile, moins virulente que son père » - Djamila. « Je n’aurai pas rejoins le FN si c’était encore Jean Marie Le Pen, mais sa fille, elle est différente. Son père était le diable pour moi, elle, c’est le discours de la justesse et de la fermeté. » – Mounir. « Il n’y a qu’une femme pour comprendre la vie des femmes » – Soraya. « Pour moi, son père c’était le diable mais on a beaucoup instrumentalisé cette image de bête monstrueuse. » – Djamila. « Il a tout pour déplaire, il a quelque chose de malsain en lui. Elle, elle est beaucoup plus douce. » – Pierre. A cela, il faut ajouter le rôle de certaines personnalités locales que les électeurs connaissent bien et qu’ils jugent souvent sympathiques et proche d’eux. Ainsi, Valérie Laupies, candidate de la 16ème circonscription des Bouches-du-Rhône et directrice d’école, est pour eux, une femme qui connaît leurs problèmes et dont les idées se rapprochent de leurs considérations. « Madame Laupies est une femme proche de nous, et n’a rien d’une fanatique extrémiste. Il faut arrêter de croire toujours les médias. Ces gens sont bien plus respectables que d’autres élus. » – Fernando. A cela s’ajoute le fait que Marine Le Pen, contrairement à son père, a fait le choix de cibler des territoires[3] et de travailler à la construction d’un ancrage territorial avec une adaptation du discours national au niveau local pour le rendre plus audible.

Le Front National a fait le choix pragmatique de s’attaquer à l’Islam qui ferait peser un danger sur les valeurs de la nation plutôt que de cibler directement les immigrés. Marine Le Pen se drape dans la laïcité pour masquer le thème de l’identité nationale. Son parti est passé d’un discours tourné vers les inégalités biologiques à un discours sur les différences culturelles[4] rendant inassimilables certaines catégories de population. Par ailleurs, nombreux sont les électeurs du FN, habitant dans le bassin méditerranéen, qui critiquent et rejettent ceux qu’ils appellent « les arabes », « les bougnoules »,… décriant les autres cultures et les différences. A cela s’ajoute le maintien, par le Front National, d’un discours ferme contre l’immigration, qui devrait repousser les Français issus de l’immigration, tant le choix de ce parti paraît paradoxal.

Les peurs relatives à l’identité[5] sont essentielles au Front National. La relation a l’identité est difficile et les revendications modernes sont de plus en plus des revendications identitaires. Stuart Hall[6] parle, à ce sujet, de « différences proliférantes » qui sont sources de « paniques morales ».

Le rejet de l’immigration pour montrer sa propre assimilation

Ils étaient fiers de me conter leurs histoires, leurs parcours pour venir jusqu’ici et pour s’intégrer dans la vie du pays. Ils ont tous connus des chemins différents mais bien souvent eux ou leurs parents ont réalisé de véritables parcours du combattant pour venir en France ce qui renforcent leur sentiment d’injustice vis à vis des nouveaux arrivants. « Je me suis battu pour venir en France pour y rester alors qu’après la guerre d’Algérie, personne ne voulait de nous alors que ce qu’on voulait, c’était travaillé. » - Safi. « J’entends partout que les Arabes ne travaillent pas, qu’ils viennent pour voler les Français. C’est peut-être vrai qu’aujourd’hui les gens n’ont pas envie de travailler mais tout ce que j’ai eu, je ne l’ai pas volé. » Safi. « Plus que les autres, on sait ce que c’est de se battre pour obtenir nos droits. Alors, quand on en voit arriver par pleins bateaux et que la France leurs ouvre les bras alors que nous, on nous crache limite à la tête quand on demande quelque chose, ça me donne envie de vomir. Le Front National n’est pas sévère, avoir le droit de rester dans un pays ça se mérite. » - Valerio. Il est difficile d’accepter pour eux que les autres puissent bénéficier de plus d’aides qu’eux quand ils sont arrivés.

Ils refusent d’accueillir de nouveaux arrivants au nom de trois raisons principales. La première est un fort sentiment d’injustice sur leur situation initiale « Quand on est arrivé en France, on nous a limite craché à la tête et maintenant eux ils arrivent et on leur sert tout sur un plateau alors qu’ils ne le méritent même pas. » - Safi. La deuxième c’est une critique des nouveaux arrivants qui veulent s’imposer et qui donnent selon eux une mauvaise image de tous les immigrés. « C’est une honte pour nous. Je suis de tradition musulmane mais je suis avant tout Française. C’est gens qui arrivent, ils veulent imposer leur culture et leurs habitudes. Ce n’est pas normal ! » – Djamila. Bien qu’éloignés des banlieues des quartiers nord de Marseille ou de la Seine-Saint-Denis, ils ont le sentiment que ce danger est à leur porte. Les nouveaux arrivants seraient une des causes de l’insécurité contre laquelle il faut lutter. « Ils cassent tout, ils volent, ils mettent les villes à feu et à sang. Pour nos enfants, on ne peut pas accepter ça. Ils ont besoin d’ordre et de sécurité dans les villes pour se construire et qui propose ça ? Le Front National et Marine. » – Nadir.

Ce refus de l’Autre serait-il le paradoxe d’une intégration réussie ? Les nouveaux arrivants n’ont pas la volonté de s’intégrer m’explique-t-on. Ils ressentent une gêne à l’idée que les autres désirent exprimer leur différence. Toute expression d’une différence culturelle ou religieuse apparaît comme une volonté d’imposer ses vues au pays d’accueil. « Ils viennent pour nous imposer leurs cultures et leurs modes de vie, or quand on vient dans un pays ce n’est pas pour critiquer en permanence mais s’adapter sinon on reste chez soit. » - Djamila. Ils critiquent les politiques publiques qui seraient soit trop permissives, soit provoqueraient une exacerbation des problèmes sans les résoudre. Dans un monde en crise, il est plus facile de choisir de se replier sur soi que d’accepter l’Autre.

Les discussions entre voisins, à la terrasse d’un café ou les imagés diffusées par les télévisions contribuent à alimenter la représentation de nouveaux arrivants incapables de respecter les normes sociales du pays d’accueil. Ce discours vient légitimer l’exclusion des nouveaux arrivants présentés comme des outsiders et légitime aussi le discours du Front National sur l’immigration comme menace.

La peur d’être les oubliés d’un monde qui change

Marine Le Pen critique la mondialisation, l’Europe des marchés, l’immigration non régulée. Son discours trouve prise dans un contexte où des peurs profondes sont ancrées dans les mentalités : peur du chômage, peur du déclassement, peur de l’insécurité. Le sentiment d’abandon et la faible croissance économique suscitent inquiétude et peur chez ces électeurs comme chez tous les électeurs du Front National. Elles sont amplifiées par les effets de la crise et le sentiment que les élites ont failli. Il y a un sentiment que les politiques conduites tant par la gauche que par la droite ne marchent pas face à la mondialisation économique et à l’Europe. Il y a une dégradation réelle des conditions sociales auxquelles Marine Le Pen souhaite répondre avec un discours simpliste. Cette offre politique contestataire séduit dans ce contexte qui lui est favorable. « Marine Le Pen répond à nos angoisses, elle propose des solutions que les autres n’avancent pas » - Samir. De plus, le double discours du PS et de l’UMP qui présente l’Europe tantôt comme une solution, tantôt comme une nébuleuse responsable de l’ensemble des problèmes contribuent à jeter le troubler et à renforcer les électeurs dans leur choix du Front National. Enfin, le renoncement du Parti Socialiste a appliqué un programme de transformation sociale accentue les déceptions et fait du choix du FN une dernière solution.

Au Front National, si les idées[7] n’ont pas changé, les mots ont été modifiés pour rendre l’inacceptable, acceptable. Marine Le Pen ne fait pas renaître l’espoir chez ses électeurs mais catalyse leurs peurs pour en faire de puissants moteurs de mobilisation. Le Front National sait utiliser les bons mots. Il emploie un registre guerrier autour de la Nation qu’il faut protéger et sortir de l’ombre, un verbiage populiste bien armé. Bourdieu[8] expliquait que l’on n’épate pas les gens avec des mots ordinaires mais avec des mots extraordinaires. Les mots contribuent à créer des représentations individuelles et collectives. Le FN opère dans ses discours une partition entre groupes et individus. Il construit un discours de l’ennemi qui serait à la fois intérieur et extérieur, mais aussi un discours autour de la coupure entre élite et Peuple. Cet ennemi c’est l’Islam qui représenterait un danger rampant pour l’identité nationale du pays et pour les valeurs de la République laïque et non plus les valeurs de la nation chrétienne. Le discours du FN sur les frontières est très important, car ces dernières doivent exister pour protéger la Nation des envahisseurs. Le Front National veut se positionner en sauveur de la Nation et des valeurs de la République laïque et indivisible. Ce virage républicain est un choix pragmatique selon Alexandre Dézé[9].

Une volonté de voir le Front National au pouvoir ?

Pourtant, ces électeurs expriment une demi volonté de voir le FN arriver au pouvoir. Dans les entretiens, j’ai établi trois catégories d’électeurs du FN. La première choisit de voter pour le Front National afin de mettre la pression sur la société afin que les choses évoluent vraiment. C’est un moyen de critiquer une situation sans pour autant vouloir que Marine Le Pen accède au pouvoir. « Je vote pour Marine pour que les gens prennent conscience des réalités mais je ne pense pas que ça sera forcément une bonne présidente. Elle veut quand même un peu la guerre et moi, je veux juste la paix et que les choses changent. » – Soraya. « La France ne peut pas exister sans ses voisins européens, je suis d’accord avec Marine Le Pen quand elle critique l’Europe mais je ne pense pas qu’il faille casser le travail commun avec les autres Etats, il faut juste changer d’orientation. » – Valerio. La deuxième catégorie voudrait que Marine Le Pen accède au pouvoir mais juste quelques mois le temps de faire évoluer les lignes. Elle ne représente que quelques électeurs. Enfin la troisième catégorie est celle qui voit dans le Front National l’unique solution et adhère pleinement aux propositions formulées. « Le Front National, c’est LA solution. Les autres ont eu leur chance. Ils ne l’ont pas saisi, ça veut bien dire qu’ils ne sont pas capables de commander la Nation. » - Samir. J’ai constaté que ceux qui usent des mots les plus durs ne sont pas toujours les plus convaincus des compétences du Front National.

Il faut aussi prendre en compte l’importance de la famille et de l’entourage dans ce vote. Par exemple, Soraya a toujours voté pour la gauche mais c’est en déménageant et en rencontrant de nouveaux voisins qu’elle a appris à connaître et à accepter les idées du Front National. C’est un électorat avec lequel il n’est souvent pas facile de discuter car ils veulent masquer leur vote à leur famille ou dans le cas de certains cacher à leurs amis le choix de leurs parents. Certains assument mais pour d’autres c’est encore un sujet tabou. Dans d’autres cas, ils critiquent la socialisation familiale qui leur a laissé penser que le Front National était le diable. Par ailleurs, plus ils se sentent critiquer et dénigrer pour leur choix, plus ils ont le sentiment de faire le bon choix.

Spinoza écrivait « Ne pas déplorer, ne pas rire, ne pas détester, mais comprendre. » Il est facile d’adopter une posture morale devant les électeurs de Marine Le Pen, de les stigmatiser, de les juger. Il est plus dur de comprendre ce vote et d’en déconstruire les ressorts.

Le Front National, une issue de secours : non, certainement pas. Mais Marine Le Pen peut tout promettre. Elle n’est pas en situation de gestion, et n’a pas à appliquer son programme. Ainsi, elle peut promettre dans la même phrase d’augmenter le SMIC, tout en baissant les cotisations patronales. Rêve de tout politique, mais belle illusion. Le Front National profite de la détresse de son électorat mais son discours relève de l’imposture. Cette détresse et cette peur dans l’avenir sont partagées par tous les électeurs du Front National issus de l’immigration ou non. Bien que paradoxal, l’adhésion des Français issus de l’immigration aux idées du FN est une réalité que l’on ne peut nier. Le temps où le vote Front National concernait uniquement quelques nostalgiques de l’Algérie française est révolu.

Marine Le Pen risque de perdre une partie de son électorat en polissant son discours. Les ressorts du vote FN restent essentiellement dans la contestation d’une situation sociale, le jour où le FN accèdera au pouvoir, il risque de ne plus autant séduire. Ce jour là, il ne pourra plus promettre sans réussir et ne sera plus la voie de contestation.

Une question reste alors en suspens. Si le Front National accède au pouvoir, qu’elle sera la nouvelle force contestataire du pays ? Une extrême droite encore plus extrémiste à l’image de certains groupuscules qui gravitent encore autour du parti ?

A. Voy-Gillis, étudiante à l’Institut Français de Géopolitique

Article fondé sur une enquête de terrain ayant donné lieu à un mémoire « Le vote des immigrés pour le Front National à Tarascon. Histoire d’un vote paradoxal. » ainsi que sur de nouveaux entretiens réalisés en août 2013 à Arles.


[1] Sur le discours le discours et l’histoire du Front National voir : Camus J.Y., « L’extrême droite et les autres (1972 – 1981) », in Le Front National à découvert, Ouvrage collectif sous la direction de N. Mayer et P. Perrineau, Paris, Presses de Sciences Po, 1996Lebourg N. et Beauregard J., François Duprat, l’homme qui réinventa l’extrême-droite de l’OAS au Front National, Paris, Denoël, 2012 
[2] « La hausse du vote frontiste est de plus en plus plausible », Libération, 9 mai 2013
[3] Interview de Joël Gombin, Tout le monde veut le faire baisser mais que comprend-on vraiment des déterminants du vote FN ?, Atlantico, 26 juin 2013
[4] Taguieff P.A., Face au racisme, Paris, Seuil, Tome 1 et 2, 1998
[5] Orfali B., Sociologie de l’adhésion. Rêver, militer, changer le monde, Paris, Editions Zagros, 2005
[6] Hall S., Identités et Cultures. Politiques des Cultural Studies, Paris, Editions Amsterdam, 2007
[7] Pour un regard historique sur le discours du Front National, Wathier V., Cuminal I., Souchard M., Whanich S., Le Pen, les mots : analyse d’un discours d’extrême droite, Paris, La Découverte, 1998
[8] Bourdieu P., Sur la télévision, Raisons d’agir, Paris, 1996
[9] Alexandre Dézé, Le Monde, 5 octobre 2012


[1] Entretiens réalisés à Tarascon en février 2013 et à Arles en août 2013 auprès d’une trentaine de personnes votants ou militants pour le Front National et étant issues de l’immigration.
Certains prénoms ont été modifiés à la demande des personnes interrogées. Les personnes interrogées sont nées à l’étranger et ont obtenu la nationalité française ou sont nées en France de parents ou grands-parents nés à l’étranger. Ce travail n’a pas pour but de stigmatiser une population mais de comprendre comment le Front National peut aujourd’hui séduire un électorat qu’il stigmatisait hier.
Tarascon est une ville moyenne des Bouches-du-Rhône située en bordure du Rhône, au nord ouest du département et à la frontière du Gard. Une ville administrative dont l’habitat du centre ville se paupérise, les populations préférant le quitter en faveur des logements collectifs et des pavillons construits progressivement autour de ce centre (à l’extérieur des remparts de la ville). Marquée par une forte immigration, Marine Le Pen y est arrivée en tête au premier tour des présidentielles de 2012 avec près de 10 points d’avance sur ses concurrents. Valérie Laupies, candidate FN aux législatives, a obtenu près de 40% au premier tour des législatives et près de 55% au second tour.
Arles borde le Parc Naturel Régional de Camargue et est la plus grande commune de France. Le territoire d’Arles est étendu et borde la mer Méditerranée. Elle est limitrophe du Gard, et est au début du delta du Rhône. L’histoire d’Arles peut-être tracée jusqu’à l’époque romaine. Bien qu’étant la troisième ville des Bouches-du-Rhône en terme de peuplement, elle est juste la cinquième en terme d’emploi. Comme à Tarascon, plusieurs zones de la ville on était classé en zone urbaine sensible et nombreux sont les habitants en difficulté. Bien que le Front National soit la deuxième force dans cette ville, le Parti socialiste maintient de bon score. Michel Vauzelle (PS) obtient un peu plus de 42% au premier tour des législatives et près de 57% au second tour. Valérie Laupies obtiendra 25% au premier tour et 43% au second tour.

 

Leave a Reply

Your email address will not be published. Required fields are marked *

You may use these HTML tags and attributes: <a href="" title=""> <abbr title=""> <acronym title=""> <b> <blockquote cite=""> <cite> <code> <del datetime=""> <em> <i> <q cite=""> <strike> <strong>